dimanche 31 octobre 2010

Saint Jacques de Compostelle - La fin du Chemin

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Compagnon de Saint-Jacques.
Le Chemin commencé le 25 juillet 2008 au pied de la cathédrale de Strasbourg s’est achevé cette année (année jacquaire 2010) au mois d’août. 90 jours de marche répartis en quatre épisodes annuels pour couvrir les 2300km.

Terrien pédestre. Quel plaisir peut-on avoir à se déplacer à pieds ? La question peut se poser à l’ère des déplacements tous azimuts par jet, voiture et bientôt vaisseau spatial. Il n’y a pas de réponse. Just do it ! Il faut le faire et peut-être la grâce d’une réponse s’esquissera-t-elle dans la poussière du chemin. Mais alors quel pied ! Il est intéressant de constater que c’est seulement depuis un siècle que l’histoire en matière de déplacement a connu une accélération qui porte le nom de progrès. Aller plus vite et manquer de temps !

Je ne connais pas de moyen de se sentir en plus grande intimité avec la nature. A plusieurs reprises j’ai songé aux peintures de Caspar David Friedrich. Dans certains de ses tableaux on voit un homme seul face à l’immensité du paysage, petite fourmi devant une réalité dont il est issu et qui inspire à la fois le respect et l’admiration.

Un jeu de l’oie géant. C’est l’image qui m’est venu Chemin faisant. Une suite d’aventures quotidiennes faites de joies de peines, de difficultés et d’obstacles. Le Chemin se coule dans le paysage jamais banal, façonné par la géographie, l’histoire et les hommes.

Combien de coups de cœur au spectacle des plaines, plateaux, montagnes, cours d’eau, forêts ! Combien de monuments, de cathédrales qui donnent un aperçu unique de l’histoire de l’Espagne ! Combien de belles rencontres, essentiellement des jeunes de tous pays portés par un élan généreux vers l’avant par leur désir d’avenir ! Combien de repas partagés dans la tradition d’une hospitalité franche. Combien de conversations alimentées avec joie et enthousiasme. Et tant pis si demain nous ne nous connaissons plus. L’important est dans l’échange et le temps partagé.

Combien d’habitants abordés pour témoigner avec les quelques mots d’espagnol et force mimiques l’intérêt qu’on porte à leur pays et à ceux qui y demeurent ! Combien de prières envoyées dans le silence des églises et chapelles parties dans l’espace à le recherche de la lumière ! Combien de retour sur le passé pour le mettre en forme, l’enjoliver , le parer de belles couleurs !

Arrivé à Santiago. Pendant longtemps le but reste lointain. Puis soudain un jour on se rend compte qu’il est proche, qu’il devient réalité. On prend conscience qu’être en chemin est une autre façon d’être en vie, que le Chemin a déposé dans nos cœur et nos têtes un peu de poussière, forcément de la poussière d’étoile !
C’est la visite de la tombe de l’Apôtre Jacques le Majeur, frère de Jean, le recueillement dans le silence qui marquent le point final de la pérégrination.


Ce qui fonde notre humanité c’est notre capacité à être reliés (religare) les uns aux autres, ici maintenant et de tout temps, ici-bas et avec l’au-delà.
Le quotidien nous phagocyte, nous place sous l’injonction de l’efficacité, nous cache la forêt de l’essentiel avec l’arbre de la futilité. C’est un voleur de temps. Tant de choses commandent d’être faites tout de suite, tant de loisirs, de plaisirs d’être consommés toutes affaires cessantes, de rendez-vous honorés. Le Chemin est par excellence une sortie de la tyrannie du quotidien. La disponibilité générée est un état béni. Un champ offert à la semence d’expériences, d’émotions ignorés jusque là. Un champ de potentialités qui ne demande qu’à gonfler comme gonfle la terre de printemps à la promesse des moissons futures. Avec la grâce de Dieu.

A ceux qui auraient envie de prendre connaissance de la totalité du reportage photographique du Camino francès : http://www.saint-jacques-alsace.org/temoignage-jp-ehrismann.htm
A ceux qui voudrait personnaliser le contact : lesrivesduquotidien@gmail.com

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